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Monday, October 25, 2010

Le web 2.0 met-il en péril nos Etats?

Le web 2.0 agit comme un virus puissant et rapide, modifiant l'ADN utilisé pour la construction et l'évolution de nos États.

L'émergence du "Moi" numérique tout puissant
Les technologies du Web 2.0 ont été utilisées pour replacer l'individu au Centre jusqu'à lui permettre de créer son monde (chacun devenant un petit Dieu). Cet individu va donc essayer par tous les moyens de satisfaire ses besoins réels actuels (voir la pyramide de Maslow) ou réels futurs (sa retraite, sa santé, etc.), voire numériques (tout le monde veut une télévision à écran plat, un accès Internet via le câble ou l'ADSL, un téléphone portable, un ordinateur, etc.).

Du "Moi" numérique au "Nous" numérique
L'individu n'aimant en général pas la solitude va alors chercher à créer ou à se joindre à des communautés d'individus (social network), puis à communiquer et échanger avec eux (Social Media). Il va alors pouvoir créer des liens (connect) avec des individus (Friends) et partager avec eux ce qu'il aime (Like), ce qu'il fait (Status sur le Wall), bref ce qu'il est (profil). On reconnait là les principes fondateurs de Facebook ...

Rien de bien nouveau me direz-vous si on se réfère à l'histoire du genre humain. La seule différence est que dans le cas du Web 2.0 l'espace, et le temps sont devenus des paramètres maitrisables. Il y a encore 10 ans, lorsqu'on créait une liste de diffusion, un serveur FTP ou un serveur Gopher, le principal problème était de le faire connaitre, mais aussi de permettre d'y accéder. Aujourd'hui, Internet est partout, les outils pour y accéder à n'importe quelle heure et de n'importe où sont variés et les gens sont formés. Les barrières naturelles à la création de communautés 2.0 sont donc levées.

Les communautés sont de deux types: ouvertes ou restreintes. En résumé, les deux cotés de la force, mais aussi le conflit de deux générations. Pour la génération Y, les communautés sont ouvertes, et on se doit de dire et montrer ce que l'on pense. Une nouvelle utopie est née, libertaire et dans le partage (un woodstock numérique généralisé à tous les contenus et ouvert au monde entier). Pour les générations précédentes les communautés restreintes sont plus agréables (moins de trolls, de spams) et souvent plus rémunératrices (site de rencontre, site commerciaux "privés" réservés aux membres cooptés). D'ailleurs Facebook a été construit en partie pour combattre le système de confrérie et de castes qui existait dans une grande école Américaine.

Ce sont donc bien deux visions qui s'affrontent: ceux qui se sont battus pour la CNIL et ceux qui adorent partager tout et tout le temps dans un esprit libertaire (y compris parfois ce qui est protégé par des droits d'auteur). Les pouvoirs publics sont dépassés et les solutions qu'il proposent se résument en trois points: surveillance des flux d'information (LOPPSI et HADOPI en France, échelon aux USA), filtrage (comme en chine) et répression (amendes, arrestation de blogueurs, etc.).

Ceci aura durablement comme effets néfastes de pousser ces communautés ouvertes à se fragmenter, se cacher (encryptions, localisation dans des paradis numériques, etc.) et à renforcer leur influence auprès des jeunes et des plus déterminés (la théorie du complot ou la lutte contre l'état).

De l'état à la nation
Nos états ne se sont pas construits en un jour. Ils sont le résultat de guerres féroces, de soubresauts de l'histoire et de la volonté et l'intelligence politique d'individus. Or les états, aujourd'hui ruinés ou sur-endettés (erreurs politiques et effets des crises économiques et énergétiques), ont perdu de leur superbe. Pire, dans de nombreux domaines, ils sont devenus impuissants (globalisation et inter-dépendance des économies et pouvoir des Marchés).

Les états se sont aussi engagés dans un transfert quasi inexorable des leurs fonctions et prérogatives (sauf les fonctions Régaliennes, bien que sur ce sujet cela dépende des états) vers les collectivités locales et régionales. L'idée était au départ d'éviter la concentration de tous les pouvoirs dans une partie du pays et dans les mains d'un groupe restreint de personnes. L'idée était aussi de valoriser la démocratie locale et ses besoins propres. Ce transfert couplée à la vague d'utilisation massive des technologies 2.0 agit ici comme un puissant accélérateur de destructions des bases civiques requises au sein des États.

Le risque est alors de passer d'un État à une nation (ou régions autonomes). Le sens moderne de nation est assez proche de celui de peuple, mais ajoute souvent l'idée de gouvernement (souhaité, autonome ou indépendant). Et l'individu, qui cherche avant tout à son confort personnel, sera de moins en moins enclin à se préoccuper des autres et considèrera l'État comme un boulet. Après l'enfant roi, l'administré roi, on se dirige vers le citoyen local roi. Le Maire devient alors LE personnage important (souvent sans trop de moyens avouons le), avant le conseiller régional, mais aussi le député (qui défend toujours sa région dont il est l'élu). Il doit répondre de plus en plus à tous les besoins de ses administrés (de la demande d'un appartement, jusqu'à la recherche d'emploi) et non plus s'occuper uniquement de la gestion de la ville.

On peut ainsi imaginer l'émergence de mon hôpital local, de mon fond de retraite locale, de mon école locale (ou on enseigne la langue régionale et les Metiers du coin), etc. Les gens iront donc habiter dans les meilleures régions, au détriment des autres. On risque de voir se renforcer les quartiers "ghettos", les villes "ghettos", mais aussi les régions "ghettos". Ils se renforceront dans l'espace (en se liant avec d'autres dans le monde, imaginez un Facebook dédiés aux habitants des ghettos urbains...) et dans le temps (en passant du virtuel au réel ou du réel au virtuel).

Le renforcement des régions entraine alors un effet Boomerang sur la reconnaissance par les individus du rôle et de la nécessité de l'État: la Belgique (coupée en deux), l'Espagne (avec ses régions qui veulent l'indépendance), l'Italie (coupée en deux entre le nord riche et le sud pauvre), la France (avec certaines de ses régions et territoires qui vont jusqu'à utiliser le terrorisme pour obtenir l'indépendance) en sont des exemples récents.

Une révolution 2.0?
Comme disait le Candide de Voltaire, "il faut cultiver son jardin". Mais que se passera-t'il quand des millions d'individus, qui ont désormais les moyens de se regrouper en communautés et d'échanger leurs points de vue et leur moyens (financiers et politiques), décideront de "cultiver eux même leurs jardins"? Une révolution 2.0 va-t'elle se propager dans le monde réel?

La révolution 2.0 a déjà commencée en France:
  • Une révolution par voies légales, car les électeurs aussi utilisent le Web 2.0.
  • Une révolution passive qui se caractérise de plus en plus par des actes de désobéissance civile.
  • Une révolution dans les mœurs et les familles dont on est loin de mesurer les effets.
  • Une révolution par la mobilité. Les jeunes et les immigrants formés n'hésiteront plus à partir la où se trouvent les meilleures emplois, mes meilleurs salaires et les meilleures perspectives de vie et de sécurité. Bref les meilleures communautés de vie.
  • Une révolution par la refonte des structures. Une réduction drastique du nombre de députés, de sénateurs et des strates de gouvernance locales (département, communes, region). Si on ne le fait pas, c'est la notion d'État même qui sera en danger.
  • Une révolution par une implication plus forte des citoyens. La France à déjà inventé un système qui a marché: les associations dites "loi de 1901" dites d'intérêt public. Segolène Royal a aussi prouvé qu'une démarche participative est appréciée des français.
  • Une révolution par la mise en place du service public 2.0. On peut d'ailleurs souligner le travail admirable réalisée par les service publics (le portail mon.service-public.fr et la capacité de le lier à d'autres sites d'états, proximamobile.fr qui promeut des applications mobiles gratuites, impots.gouv.fr pour le paiement des impots en ligne, ameli.fr pour la CPAM).
Néanmoins, il n'existe pas à ce jour à ma connaissance de propositions ou d'initiatives de l'État pour promouvoir et valoriser des communautés en France.

Conclusion

Plus les outils et les habitudes de vie renforcent les individualités et par extension leurs communautés, plus la tolérance et l'appartenance à un État, à une communauté d'histoire et de destin se délite. Que faudrait-il inventer pour contrebalancer ce mouvement? Comment empêcher de passer de communautés à communautarisme?
    Des pistes existent pour initier et mettre en œuvre la révolution 2.0. Pensez à soi, être actif et interagir en communauté dans son environnement local (réel ou virtuel), et demander à l'État une gestion transparente, contrôlée et précautionneuse des fonds nécessaires à son fonctionnement et rayonnement.