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Tuesday, April 29, 2014

VTC-Taxi : open data, API et plateforme

La fièvre étant un peu retombée suite à la publication du rapport de M. Thévenoud, je voulais apporter ma modeste contribution à la discussion. Je ne suis pas un expert du monde des taxis, et j'espère ne pas commettre d'erreurs dans les hypothèses de ce billet. Voici comment je vois les choses, une vision d'architecte de systèmes ouverts.

La troisième révolution industrielle

Comme je l'ai déjà indiqué a plusieurs reprises, le monde du voyage a déjà vécu 3 grandes révolutions. La dernière en date, la révolution numérique bouleverse le champ des possibles et permet désormais de répondre aux besoins de l'Homo Connecticus (l'homme connecté) qui hurle sur le coté des routes : je veux mon taxi maintenant (comme dirait Michel Serres en parlant de petite "poucette" et de son smartphone: Main tenant, tenant dans sa main le monde, accédant aisément à la connaissance).

Le monde du voyage est a moitié composé d'infrastructures réelles (les atomes: hôtels, routes, voitures, bateaux) et a moitié de services virtuels (les bits : l'ensemble des 0 et des 1 utilisés par les ordinateurs). Or la révolution numérique a modifié les équilibres : la valeur générée par le transport des bits, est plus importante celle générée par celle des atomes. Ainsi, blablacar (1 million de voyageurs par le site chaque mois) ou airbnb (qui a vendu plus de nuitées en 2013 que la chaine Hillton) en sont des exemples majeurs. Ils ne disposent d'aucun biens dans le monde réel, et génèrent de la valeur en faisant correspondre l'offre et la demande de la multitude de gens qui voyagent.

La plateforme comme élément clef de la mise en oeuvre de l'offre et de la demande

Pour que cette valeur soit créée il faut mettre en place des plateformes digitales. Ces plateformes sont nécessairement multi-polaires : elles doivent attirer a la fois ceux qui proposent un offre et ceux qui la consomment. Le modèle de revenus associé varie d'une plateforme à l'autre en fonction du pôle qu'on privilégie. Si l'offre n'est pas suffisante, les consommateurs ne viendront pas. Si la demande est trop faible, les fournisseurs s'en iront voir ailleurs.

Dans le cas des taxis, les plateformes mises en oeuvre ont d'abord permis de créer une offre, en se focalisant sur des services offerts aux taxis. Puis ensuite, aux clients en offrant des moyens de réservation divers des dits taxis. Aucune commission n'est prélevée sur le montant des courses, et le client ne choisit pas son taxi (c'est le dispatch de la compagnie de taxis qui le fait). Le taxi tient au courant la plateforme de ses disponibilités et ne peut pas refuser les courses trop souvent sous peine d'être exclu du dispatch pour un certain temps. Au moment de la réservation, la course n'est pas connue, son prix non plus, mais l'acceptation des paiements par CB est obligatoire dans certaines sociétés (comme Taxi G7).

Pour les VTC, c'est l'inverse, ils sont centrés sur le client. Avant ces trois dernières années, il fallait réserver à l'avance, indiquer la destination au téléphone et payer par téléphone, le prix de la course étant connu à l'avance. Il a fallu la conférence LeWeb à Paris, de mauvaises conditions climatiques, et un manque de taxis évident à la sortie de la conférence  pour qu'UBER naisse dans la tête d'un entrepreneur. UBER est né suite à un manque ressenti en région parisienne ! Eux et d'autres ont adopté des technologies numériques avec une approche centrée sur le client en mobilité. Les nouvelles technologies permettant au client de détecter le VTC dans la ville MAINTENANT, de le choisir, de lui indiquer où il désire aller, d'obtenir un prix forfaitaire et de payer de manière numérique et à l'avance. Enfin, il est aussi possible de noter ce conducteur et son véhicule (la réputation compte dans notre monde connecté ou l'avis de ses amis comptent bien plus que celui de la presse ou des moteurs de recherche). Une commission est prise sur la course par la société de VTC.

Deux approches différentes, deux modèles de revenus différents et des plateformes qui privilégient l'offre ou la demande.

Open Data ne veut pas dire Open API

L'approche open data proposée par le rapport est présenté ci-dessous. Il faudrait alors relier tous les taxis a une plateforme d'État ou un GIE et diffuser les positions de tous les véhicules, leur état (libre, occupé), le temps de travail restant (limité chaque jour), etc.
Les questions qui se posent concernant cette API sont nombreuses:

  • Sera t'elle ouverte à tous ou fermée (réservée à une catégorie à définir). Par exemple, est-ce que les moteurs de recherche du web, les GDS, les start-ups, les plateformes de mobilité, les agences  de voyage, et les agrégateurs actuels y auront accès ?
  • Qui va construire cette plateforme, combien coûtera t'elle, en y aura t'il plusieurs, etc. ?
  • Quel coût aura cette information ?
  • Qui va construire et financer ces interfaces des taxis/VTC vers cette plateforme B2B d’agrégation et de cette première vers les autres plateformes (il faut bien partager ces données finalement) ?
  • Quels seront les délais de mise à jour des positions des taxis (tous les 15s, 30s, 1 minute)? Émettre son positionnement aura un coût (abonnement).
Faut-il au contraire conserver l'architecture actuelle et demander à chaque groupement de taxis de partager ses données avec cette plateforme? Ainsi, ce ne sont pas les taxis qui devront faire l'intégration, mais les centrales auxquelles ils sont reliés. Je reprends ici le modèle commun dans le monde du tourisme, où les hôtels et les avions sont reliés à des centrales de réservations ou CRS (Accor, Air France, etc.), elles mêmes reliés à des systèmes de distribution globaux ou GDS (Amadeus, Sabre, Travelport). Cette organisation a par contre l'inconvénient de ne pas gérer les "indépendants". Il faudrait alors qu'ils choisissent de s'affilier à un CRS de leur choix.

La Maraude et le Dispatch (Jean de la Fontaine)

Proposition n° 1 : La maraude électronique, un nouveau marché pour les taxis : Mettre  à disposition gratuitement les informations relatives à la localisation, à la disponibilité et au tarif des taxis, afin que tout éditeur d’application puisse mettre en relation clients et chauffeurs en temps réel. L’ « open data » des taxis serait alimenté par les autorisations de stationnement, dont la délivrance serait accompagnée d’une obligation de figurer dans la base de données publique. La concurrence entre applications s’exercerait alors au niveau des services (paiement dématérialisé, options offertes à bord, etc.). 

Cette API serait conçue uniquement pour offrir un radar à taxi, mais pas à VTC. Elle permettrait de localiser un taxi dans un emplacement ou de le héler lors de son passage. Le rapport mentionne ici la notion d'Open API, impliquant que tout le monde pourrait s'y connecter.  Et là, il est bien clair que les sociétés du numérique seront bien privilégiées.

Comment se fera alors le dispatch ? Toutes les applications accéderont aux données et la première qui fera l'achat aura gagnée? Certains suivront les modèles de trading haute fréquence ou celui des plateformes de ciblage et d'enchères publicitaires en temps réel (comme Critéo sait très bien le faire). Cela sera t'il le plus rapide en calcul (plus de serveurs), ou celui avec le meilleur algorithme qui aura un avantage ? Je peux vous dire sans trop prendre de risque de me tromper que Google sera parmi les meilleurs.

Enfin, quelles seront les contraintes de cet algorithme et ses objectifs ?
  • Recherchera-t-il le plus court délai de chargement du client ou l'optimisation du revenu des véhicules ? 
  • Un véhicule pourra t'il refuser la course ?  
  • Si un véhicule est attaché a une plateforme comme G7, devra t'il aussi payer pour être sur cette plateforme ? 
  • Comment sera t'il notifié des commandes ?
Et pourquoi pas ne pas créer un boitier connecté pour chaque taxi avec son propre site web capable de prendre des commandes en direct, via le web ? La vente en direct, car un taxi est désormais une entreprise en mobilité !

Vous avez compris, que l'histoire ici se répète. Le domaine du tourisme a déjà vécu ces révolutions pour les hôtels (qui ne bougent pas), les avions (pas de maraude) et les voitures de location qui se trouvent dans des emplacements réservés. L'histoire prouve que la valeur a été captée par certains intermédiaires, au détriment de tous les autres (le domaine de l'hôtel est un exemple à méditer). Les conducteurs seront à la merci des agrégateurs ou des sociétés ayant le meilleur marketing, la meilleur plateforme et/ou application mobile.

Dans un monde numérique ou le temps réel est omniprésent, la maraude devient la norme, le dispatch le cœur du système et la notion de temps n'a plus de sens. On ne pourra plus distinguer un VTC d'un taxi sur le critère du temps d'approche, ni sur la manière de le réserver.

Les plateformes de VTC pourraient vendre du taxi et inversement. Comme dans les télécommunications, on parlera d'opérateur universel de transport. Pour moi le problème vient ici du régulateur et de ses choix de mise en oeuvre. Les taxis ont payé pour une License et des droits. Les VTC, eux aussi payent des taxes et ont des règles. La question qu'il faut se poser est comment redéfinir la définition des VTC et des Taxis en fonction de l'usage qui en est fait, des nouvelles contraintes de mobilité dans les villes et des nouveaux besoins des habitants et touristes ? Cela sans flouer personne, ou en dédommageant ceux qui ont été floués !

J'ai lu récemment que plus de la moitié des taxis font des transports de malades, payés par le système de santé. Pour une personne pressée, avoir un taxi et se déplacer rapidement d'un point A à B est important.  Pour un transport de santé, le taxi doit souvent accompagner la personne, porter ses affaires, patienter, rassurer, etc. Il faudrait alors peut-être leur donner certains droits que seuls les ambulanciers ont.

Il faut innover par les usages et non pas par les taxes associés. Innover dans le Grand Paris !

L'avenir est à la mobilité et à la recherche multimodale porte à porte.


L'avantage de cette API est par contre évident dans un plan de mobilité au niveau de la ville. Imaginez une application qui vous permette à tout moment de choisir le meilleur moyen de transport en temps réel (d'où le terme multimodal, pour multi-modes de transport). Pour plus d'information voir ma présentation.

Ainsi, lorsque je réserve mon voyage d'affaire, je peux commander mon taxi, mon avion, mon hôtel en une seule fois. Je prépare mon voyage de porte à porte. En maraude, je peux à tout moment savoir ou est le bus, l'autolib et si elle est disponible, le velib, etc.

D'un point de vue mobilité, cette information permettrait alors de calculer au plus juste le meilleur moyen de transport en fonction du trafic, de la pollution, de mon age, du type de transport, (affaire, touriste, malade, etc.). Une application de recherche de déplacement multimodale, cela va bien au delà des taxis et VTC!

Et il en existe déjà ! En Europe (Simply-city), en France (Moviken), en Allemagne (Daimler moovel) et aux USA (Waze / Google). Sans parler des applications mobiles comme (Qixxit, Allryder, etc.).

Propriété des données et préservation de la vie privée

Des voyages tracés, un paiement en carte bleue, après le scandale PRISM, cela a de quoi faire peur.

Pour le client, dans le monde numérique si c'est gratuit c'est qu'il est le produit. Donc les clients à la recherche de véhicules devront soit accepter un usage de leurs données recueillies (Gmail est gratuit, mais il scanne les emails pour trouver la bonne pub), soit payer plus pour le service et l'anonymat (comme lors des débuts de la carte imagineR).

Heureusement en France nous avons la CNIL, cela ne devrait pas être un problème insurmontable. Sauf si des plateformes étrangères casse les prix et imaginent de nouveaux modes de revenus ...

Conclusion

En conclusion :
  • OPEN DATA et OPEN STANDARD - OUI
  • OPEN API - OUI sous certaines conditions. Société basée sur le sol français ou accord de réciprocité avec d'autres pays (je pense à l'Allemagne).
  • PLATEFORME - Sous forme d'un GIE de l'état ou d'un organisme sans but lucratif. OUI. Sinon, mettre en place des gardes-fous.
  • APPLICATONS et SITES WEB MOBILES - OUI,  applications gratuites ou payantes en téléchargement avec services offerts gratuits ou payants qui préservent la concurrence, et l'équité du dispatch pour les taxis.
  • Un service à prix régulé (voire déductible des impôts car c'est du service public) pour les taxis indépendants. Les autres payent déjà une redevance à une centrale de réservation qui devra faire l'intégration et fournir le matériel.

Reste les VTC, le régulateur doit redéfinir leur rôle, mais ne pourra pas les interdire de plateforme. Dans une ville intelligente, il devrait être possible de savoir quand apparaissent les pointes de trafic et adapter dynamiquement la régulation des VTC (avec ou sans "pseudo" maraude électronique, car la maraude leur est interdite par la loi) et les tarifs en fonction de cela. Le logiciel et les algorithmes dans les plateformes permettraient d'y parvenir. Dans ce cas, on pourrait s'inspirer de ce qui est fait dans le monde de l'énergie et de l'adaptation de la production en fonction de la consommation.